5. Carlos Ghosn

L'isolement libanais commençait à peser lourdement sur le moral de Carlos Ghosn et son épouse Carole , longiligne ,  blonde , nonchalante , accent fatal , et pour tout dire , irrésistible aux yeux de son franco libano brésilien de mari si différente de Rita Kordahi , la mère de ses enfants
Les cours à l'Université Saint Esprit de Kaslik , ses vignes à Ixsir , nord de Beyrouth , le projet de documentaire Netflix , les interviews aux chaines économie et finances du monde entier , la dernière en date à KBN , Kazakhstan Business News , tout ceci ne suffisait pas à Carlos.
Depuis le début de sa carrière , Michelin , Brésil , USA , puis Renault , Nissan , l'alliance à 2 puis à 3 , il avait connu l'adrénaline des challenges , l'euphorie des succès.
Il avait côtoyé les plus grands , souvenirs poignants avec Vladimir Poutine au moment d'Avtovaz.
Il avait magnifiquement réussi chez Nissan , à partir de 1999.
Les japonais n'étaient pas au bord du gouffre , ils y étaient plongés.
Il leur avait redonné la fierté du succès , passés si près de la disparition.
Louis Schweitzer avait expliqué , doctement , as usual , qu'il n'aurait pas fait l'opération sans Carlos Ghosn.
Les conseillers d'Obama l'avaient approché dès 2008 , General Motors alors au plus mal .
Il avait refusé , patriotisme , fidélité , amélioration de ses conditions financières.
Mais de cette offre datait la cristallisation de son sentiment de puissance irrésistible.
Il ne s'était jamais senti à l'aise au sein de cet establishment français , souvent absent lui même par ailleurs de la capitale.
Avec Emmanuel Macron , auréolé de qqes deals et bonus chez Rothschild , le courant ne passa jamais malgré les postures médiatiques.
L' acmé intervint au moment des droits de vote double qui perturba l'état d'esprit des décideurs japonais et instilla chez eux le doute quant aux intentions réelles de l'actionnaire français.
Carlos eut à gérer cette dimension.
Sans parler du Ministre des Finances , Bruno le Maire , dont la seule constante politique était , et demeure , de gérer sa carrière ; prêt pour cela à tous les retournements , renoncements , compromissions , le tout servi dans des discours entendus , d'où émanent les valeurs , celles là mêmes qu'il trahit au moment même où il s'en drape et feint de les suivre.
Un politicien , veste retournée à l'envi , dont même lui était bien en peine de distinguer l'endroit de l'envers.
Donc Carlos Ghosn , qui avait calculé , il avait le temps pour cela désormais , que , chez Renault Nissan Mitsubishi , il avait fait l'équivalent de 124 tours du monde dans son jet baptisé Nissan , Carlos , s'ennuyait fort à Beyrouth et au Liban.

Les notices rouges Interpol , la non extradition de ses nationaux par le Liban , son habileté à se mouvoir au sein des groupes de pouvoir , religieux , politique , économique ,
Il avait géré comme il savait si bien faire.
Mais il savait que le ciel s'assombrissait pour lui : la menace venait d'Oman et l'étau se resserrait.
Et là , il avait fauté : commissions hors de proportion , prêts non remboursés pour couvrir des opérations risquées de couverture sur devises , documents irréfutables dans les mains des juges français.

Et au Japon...
Il s'était cru à l'abri du procureur et du Ministre de la justice Masako Mori ,
humiliés par la fuite rocambolesque depuis l'archipel.
Un japonais humilié en vaut deux affirma Jean Philippe Toussaint qui avait séjourné là bas.
Amélie Nothomb , confirma sur C News , dans un grand éclat de rire , une coupe de Billecart Salmon à la main , c'était le tarif minimum avec elle.

Le 28 mai , dimanche radieux sur le Levant , mer seulement agitée par les vents thermiques , Carlos était à bord de son Mangusta 150 immatriculé aux Îles Vierges Britanniques.
Initialement , stupidement , baptisé Mascat , il l'avait renommé Micron , guère mieux.
Il était accompagné de son fils Tony et sa fiancée biélorusse Natacha , Catherine Pégard et son nouveau fiancé François Bellamy , Frédéric Beigbeder et Apolline de Malherbe , très amoureux , Léa Salameh , régionale de l'étape , désormais officiellement en couple avec Nicolas de Morand depuis sa séparation médiatisée d' avec Raphael Glucksmann , Thomas Piketty avec Isabelle ,la sœur d'Aurélie Filippetti , Okashi Iffimoto , une star du sumo , en tenue de combat malgré l'absence de dohyo sur le bateau.
Et bien sûr Mouna Sepehri qui , après son éviction de chez Renault , partageait désormais son temps entre Téhéran et Beyrouth où elle louait un duplex à Achrafieh.
Carole n'était pas du voyage : elle souffrait du mal de mer et plus encore de la présence de Mouna , sujet , désormais , de violentes querelles dans le couple.

Comme de nombreux riches libanais , Carlos aimait se rendre à Chypre , seulement voisine de 130 miles nautiques et où il avait ses habitudes : restaurants , palaces en bord de mer , banques offshore.
Profitant de la météo clémente , Carlos prit les commandes pour sortir du Yacht Club  et mit le cap , 35 noeuds , sur Larnaca
Ambiance propice aux échanges et rencontres de ces happy few , beaucoup se connaissaient déjà.
Beigbeder entreprit Léa pour une interview à 7 heures 50 en vue de la promotion de son roman sobrement intitulé " Brigitte " . Il avait obtenu , liaison aidant , un documentaire d'une heure sur BFM Culture , la nouvelle déclinaison imaginée par Marc Olivier Fogiel , dirigée par Claire Chazal et qui n'arrivait pas à trouver son public
Le choix de Claire d'inviter pour sa première émission , Good Morning Culture , PPDA ,  son ancien compagnon , fut mal pris par la rédaction et même Patrick Drahi qui convoqua Fogiel et Chazal ; la présentation de son autobiographie sobrement intitulée " Les Chiennes " devait pourtant contribuer à faire connaître la toute nouvelle émission.
Thomas Piketty s'était enfermé dans une des suites , 80 m2 , pour mettre la dernière main , ultimement , 1400 pages , à son ouvrage , " le capitalisme se meurt".
Il devait envoyer l'ultime épreuve à son éditeur pour la fin du mois , condition de celui ci pour débloquer le versement des 25 % convenus , 275 000 euros.
Nicolas de Morand avait emporté avec lui , et les annotait sur le pont en teck , les 4 derniers " Que sais je " parus début mai.
Il avait commandé au maître d'hôtel philippin un Bellini .
" Roederer je vous prie " avait il exigé et " pêches grecques uniquement ".
Carlos laissa , sous contrôle du capitaine serbe Pellatic , le bateau en pilotage automatique.
Il passait d'un invité à l'autre , souriant , bronzé , polo de lin écru , pantalon bleu marine , mocassins en daim.
Il savait faire , charmant.
Comme à Versailles.
Maniant plutôt bien le japonais avec le sumo qui dévorait au bord du jacuzzi un immense plat de tagliatelles au saumon cru des iles Féroé.
Ayant échangé avec chacun , chacune , il rejoint Mouna dans la suite , Louxor.

Vers 12 heures , à environ 75 miles de la côte libanaise , l'ensemble des systèmes électriques et électroniques se mirent à dysfonctionner et notamment le GPS , doublé par sécurité.

La brise s'était levée et ils étaient hors des eaux territoriales.

Le chasseur de mines , " Eien no Fukushu " , " Revanche Éternelle " , en japonais , se rapprocha en moins d'un quart d'heure ;  basé à Djibouti , il avait d'abord traversé Bab el Mandeb , navigué au large des côtes de l'Erythrée , du Soudan et de l'Égypte.
Emprunté le canal de Suez pour rejoindre la Méditerranée.
L'opération dura 3 minutes.
Un commando armé de 8 hommes fut sur le pont et se dirigea directement vers Louxor.
Ils en extrairent Carlos , torse nu et en bermuda Villebrequin rose pâle , cadeau de Carole.
Les cris  suppliants puis hystériques de Mouna , Isabelle , Léa , Appoline et Catherine n'entamèrent aucunement la détermination du commando.
Carlos fut transféré menotté sur le bâtiment japonais.
Bientôt survolé par un hélicoptère Kawasaki OH 1 à bord duquel il fut promptement hissé , direction le large , plein sud est .

Le soir même , la grande chaîne tokyoïte NHK révéla les détails de l'opération.
Carlos fut pris à un de ses points faibles.
Il raffolait des sushis depuis son séjour extrême oriental et avait pris l'habitude de se faire livrer par le meilleur spécialiste beyrouthin : " Pas de Sushis ".
Les services secrets japonais avaient fait insérer , par l'assistant cuisinier du chef Matani Yzumi , dans un des sushis , une puce totalement indécelable.
Mise au point par une filiale de Nissan , elle avait la particularité de se coller et de demeurer sur les parois de l'intestin grêle.
Et de permettre une localisation avec 10 centimètres de précision.
Ce qui fut fait.
L'équipement du Mangusta fut neutralisé à l'aide d'un drône vendu aux services spéciaux japonais par la Turquie.

Le lendemain Carlos Ghosn atterrit à Narita ; la presse avait été dûment informée du lieu et de l'heure d'arrivée.
Il débarqua de l'avion menotté , visage non dissimulé , entouré de 8 soldats , visages couverts
Il fut présenté au procureur qu'il connaissait bien.
La lecture des actes d'accusation , lui debout , procureur assis , dura 45 minutes.
Il fut conduit à la prison de Fuchu , hautement réputée au Japon.
Il fut soumis au traitement le plus sévère : enchaînement de nuit , pas de visites , 10 minutes de sortie quotidienne dans une cour isolée et éclairée.
Le procès se déroula début juillet.
Il fut condamné à 125 ans de prison , les juges punissant sévèrement la sortie illégale du territoire.

Carole ne supporta pas ce second choc .

Elle négocia avec la justice japonaise la levée des accusations et son immunité contre une amende de 5 milliards de yens et surtout des aveux et reconnaissance de comportements illégaux enregistrés et diffusés sur les principales chaînes japonaises , bientôt repris dans le monde entier , Carole marquée et larmoyante

Elle obtint le divorce d'un tribunal new yorkais .

À l'automne , elle rencontra par des amis communs , à Milan ,  Luca di Meo qu'elle épousa en février.

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